Lettre à ma fille #1 : et si tu déviais.....

Publié le par Khalam

Le Mal a encore frappé. Vico est arrêté alors qu’il sévissait en Thaïlande.
Je ne suis pas très friande de ces histoires. Et si je sais que le mal est présent partout, je préfère être vigilante au quotidien, que me morfondre devant le journal. Sur ces affaires particulières, comme sur toutes autres, je jette un œil distant, je me tiens « informée » mais ne sombre jamais dans le voyeurisme.
J’ai autour de moi suffisamment de personnes qui aiment combler leur inexistence en se repaissant d’histoires sordides, sans avoir à me fournir moi-même dans la presse à scandale (ni dans la presse tout court…..)
 
Et pourtant, à la suite de cette bien triste actualité, une amie très chère nous a posée une question fort intéressante.
Alors que nous évoquions les sanctions que nous souhaiterions voir appliquées à ce genre de personne, elle nous demandât : « si votre enfant devenait pédophile, assassin multirécidiviste ou violeur gérontophile, seriez vous aussi catégorique dans les peines que vous appliqueriez aux mêmes délinquants s'ils vous étaient étrangers? »
 
Quelle étrange question ? Il est aisé de répondre à brûle pourpoint et à l’emporte pièce, « bien sur que oui, bien sur que non ». Et si les réponses des unes et des autres s’échauffèrent, et se firent pugilistes, je ne pus m’empêcher de prendre de la distance.
 
Oh non, je ne voudrais pas avoir à répondre à cette question, qui remue en moi un noir cloaque d’angoisse.
 
Et si ma petite fille, ma toute petite pierre précieuse devenait un jour un monstre ? Impossible.
La maman du petit Adolf a du penser la même chose. Celle de Clifford Olson ou de Guy Georges aussi.
 
Par quel processus l’enfant innocent devient il traître à sa nature fondamentale ?
Quels tortueux cheminements de l’esprit et des sentiments le mènent à renier son coté clair et à sombrer dans l’obscurité la plus totale ?
Est-ce que l’homme nait « déviant » ? Existe-t-il un gène prédisposant à la monstruosité ? ou peut on considérer qu’il existe des accidents de parcours, et que chacun mérite une deuxième, une dixième chance ?
 
Je n’entrerai jamais dans le débat « pour ou contre » la peine de mort. Et s’il m’arrive de me ranger à la vindicte populaire et de demander « JUSTICE » en infligeant peines et douleurs, je suis d’un naturel pacifiste. Je suis à ce sujet heureuse de vivre dans un état de droit, qui a bien heureusement aboli la peine de mort le 9 octobre 1981, sans possibilité d’y revenir.
 
 
Je suis heureuse de vivre dans un Etat de Droit, qui donnera toutes les chances à tous et en toute circonstance d’être jugée équitablement.
 
Chaque jour, j’entoure ma fille d’amour. Je lui dis que je l’aime, je lui apporte soins et attention, et suis attentive à ce que son développement physique et émotionnel se fasse harmonieusement.
 
Mais qui peut me prédire avec certitude que je serais toujours apte à prendre soin d’elle ? Qui peut m’affirmer sans férir qu’elle restera toujours sur les rails de l’honnêteté et de la raison ?  
Suis-je sure de pouvoir toujours l’empêcher de tomber ? Serais je toujours là pour l’empêcher de faire de mauvaises rencontres ?
Ne vais-je pas un jour la blesser au cœur de façon irrémédiable ?
 
Et si elle franchit le pas de coté si décisif (même si aujourd’hui cela me semble surréaliste), que pourrais je lui dire ? Comment réagirais je ?
 
 
A toi ma toute petite fille, ma jolie pierre précieuse.
Je t’ai portée pendant 9 mois, avec amour, avec inquiétude. J’avais peur de ne pas être une « bonne » mère pour toi. Peur que tu ne viennes pas dans un monde idéal. Je t’ai aimée dés le premier regard, de cet amour qui englobe tout et qui surpasse l’entendement.
De ce premier regard, j’ai compris que j’étais enchainée à jamais, car le cœur d’une mère se souvient toujours de ce premier souffle d’innocence. 
A toi ma toute petite fille, ma jolie pierre précieuse,
Je m’engage aujourd’hui devant toi et l’univers,
J’engage celle qui je suis aujourd’hui, saine d’esprit,
Envers celle que tu es aujourd’hui et celle que tu seras demain,
A t’aimer plus que tout
Mais surtout, à essayer de te donner tout ce qui te permettra de pousser droit :
Mes valeurs, mes rêves, mes combats pour la justice,
Et surtout à t’encourager à rendre le monde meilleur, avec tes propres armes, tes propres mots, tes propres talents…..
Je te serai fidèle au-delà de la mort, et au-delà des maux,
Je serais franche et honnête, mais je saurais te consoler si mes paroles te dépassent,
Je me battrais pour toi,
Pour que tu vives dans ce monde, loin d’être idéal, mais que tu y vives en étant fière de toi. En restant droite. Et pour que tu t’épanouisses pleinement… 

A toi, ma toute petite fille, ma jolie pierre précieuse,
Je te fais la promesse de me battre chaque jour à tes cotés pour les causes justes, et même si elles semblent perdues ;
De me battre pour toi, et parfois contre toi….

et si un jour je faillis, si ce n’était pas suffisant,
je te promets de t’aimer encore…… avec raison. En sachant qui tu es.
Je te promets de t’aider.
Je te promets de rester à tes pieds, à te consoler….
 
Ma toute petite,
Je te promets d’être simplement ta maman…….

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