Au boulot, les mères !, par Annie Kahn

Publié le par Khalam

Finie l'époque où il était judicieux d'aider les femmes à rester au foyer pour qu'elles aient davantage d'enfants et contribuent ainsi indirectement à la croissance économique. Ce type de politique est devenu contre-productif, affirment les auteurs du rapport "Bébés et patrons. Réconcilier travail et vie de famille" que vient de publier l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).


Ce phénomène est récent. En 1980, les Etats où le pourcentage de femmes au travail était élevé, comme les pays scandinaves, étaient aussi ceux où les taux de natalité étaient les plus bas. Mais, en trente-cinq ans, la situation s'est inversée. En 2005, les pays scandinaves sont toujours ceux qui emploient le plus de femmes, mais sont aussi ceux qui affichent le nombre le plus élevé d'enfants par famille. En revanche, les pays latins, comme l'Espagne et l'Italie, ont vu leur natalité chuter sans que l'emploi des femmes n'augmente pour autant.

Le cas de la France est exemplaire. En 1980, le taux de fécondité et le taux d'emploi des femmes s'y situaient tous deux dans la moyenne des pays de l'OCDE. Mais, en 2005, le taux de natalité est l'un des plus élevés, alors que le taux d'emploi est inférieur à la moyenne. La raison en semble simple : durant cette période, l'Etat a été trop généreux !

En 1994, le droit à l'allocation parentale d'éducation (APE), revenu distribué au parent qui arrêtait de travailler pour s'occuper à plein temps d'un enfant de moins de 3 ans, a été étendu aux familles avec deux enfants, contre trois auparavant. Conséquence : le taux des femmes âgées de 20 à 49 ans au travail, qui était de 70 % en 1994, a chuté, pour s'établir à 55 % en 1997. Depuis janvier 2004, l'APE a été remplacée par la prestation d'accueil pour jeune enfant (PAJE), qui visait notamment à faciliter la garde de l'enfant. Mais il est encore trop tôt pour voir l'effet de ce changement de politique familiale dans les statistiques.

Certes, n'accorder aucune aide n'est pas souhaitable. "Un enfant se développe moins bien quand un de ses parents ne s'occupe pas de lui à temps plein durant les six premiers mois", poursuit le rapport.

Une entreprise qui veut fidéliser ses salariées et attirer les meilleures a donc intérêt à payer des congés de maternité. Ils doivent être ni trop longs ni trop courts, l'optimum économico-social se situant entre cinq ou six mois, selon différentes études. Quant à un système qui inciterait davantage les pères à prendre un congé parental, pour mieux répartir les absences entre les conjoints, il semble difficile à mettre en oeuvre. Globalement, "les pères restent plus tard à leur travail quand ils ont des enfants", constatent les auteurs du rapport. La crainte d'une perte de salaire, d'un impact négatif sur leur carrière, les dissuade de faire autrement.

Annie Kahn
Article paru dans l'édition du 14.12.07.

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