Allocations parentales : La France cherche un nouveau modèle

Publié le par Khalam

Les congés parentaux, en France, restent l'apanage des femmes : en 2005, 98 % des bénéficiaires de l'allocation parentale d'éducation et du complément de libre choix d'activité étaient des mères. Contrairement aux idées reçues, ce choix n'est pas toujours lié à un désir personnel : en 2005, près de 40 % des bénéficiaires évoquaient plutôt des horaires de travail incompatibles avec une crèche et 37 % l'absence de solution de garde. "Les facteurs de contrainte sont importants", résumait en février Valérie Pécresse (alors porte-parole de l'UMP) dans un rapport remis au premier ministre Dominique de Villepin.

 

Créée en 1985, l'allocation parentale d'éducation, qui a été remplacée en 2004 par le complément de libre choix d'activité, permet à un père ou à une mère de s'éloigner du marché du travail pendant une durée maximale de trois ans. Ce congé, qui donne droit à une indemnité, s'adressait à l'origine aux familles de trois enfants mais il a été étendu en 1994 à celles de deux enfants. Depuis cette réforme, le nombre de bénéficiaires a explosé : en 2006, plus de 570 000 parents ont opté pour le congé parental.

Si ces congés permettent souvent aux femmes de profiter pleinement de leurs enfants, ils pèsent lourdement sur leur carrière : parce qu'ils sont peu rémunérés (530 euros par mois au maximum), ils s'adressent en priorité aux chômeuses et aux femmes peu qualifiées en situation de précarité. "Ce sont les mères qui étaient le moins insérées dans l'emploi qui ont davantage eu tendance à quitter le marché du travail", souligne Valérie Pécresse en regrettant, après le congé, une "tendance à la déqualification et à la dégradation des conditions d'emploi".

 

"UN SACRÉ PAS"

 

Lors du premier conseil de modernisation des politiques publiques, le 12 décembre, le gouvernement a inscrit le problème des congés parentaux à l'agenda. "Si le congé parental doit constituer un choix légitime, il convient de veiller à ce que le retrait du marché du travail ne devienne pas incitatif financièrement, conduisant ainsi à un éloignement durable, rendant le retour à l'emploi des femmes plus difficile", soulignait le document présenté lors de ce conseil présidé par Nicolas Sarkozy. Il faut, concluait le texte, "remettre en cause les dispositifs visant à inciter les femmes à se retirer du marché de l'emploi".

Pour encourager les pères à s'investir auprès de leurs enfants, Valérie Pécresse proposait dans son rapport soit d'accorder une prime supplémentaire de 250 euros aux couples qui partagent le congé parental, soit de réserver au père une période de soixante jours, qui seraient perdus s'il y renonçait. A l'issue de la conférence sur l'égalité salariale, fin novembre, le ministre du travail, Xavier Bertrand, s'était déclaré favorable à un système de "bonus" incitant les pères à prendre des congés parentaux. "Le jour où les hommes s'absenteront de leur travail à la naissance d'une enfant, on aura franchi un sacré pas", concluait-il.

Cette petite révolution n'ira sans doute pas sans mal. Si les pères s'investissent plus qu'auparavant auprès de leurs enfants, s'ils prennent volontiers le congé paternité de onze jours créé en 2002 par Ségolène Royal, ils sont loin de participer à égalité à l'éducation des enfants : selon la dernière enquête "Emplois du temps" de l'Insee, les hommes assument en moyenne 20 % du noyau dur des tâches parentales et domestiques. "Le fossé qui sépare la faible implication masculine du travail d'ajustement des femmes est considérable", soulignaient en 2006 Ariane Pailhé et Anne Solaz dans une note publiée par l'Institut national d'études démographiques.


Anne chemin
Article paru dans l'édition du 26.12.07
LE MONDE | 25.12.07 | 14h43

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