Les 12 idées-clés du rapport Attali : La croissance est à portée de main

Publié le par Khalam

La croissance est à portée de mainLa commission Attali a rendu son rapport : 316 propositions «pour la 


libération de la croissance». Car la France a du potentiel, nos prévisions pour 2008 le confirment. Mais il faut l'exploiter. 

Maintenant.





B
ien qu'ancien professeur d'économie Erik Orsenna n'avait pas forcément le meilleur profil pour se pencher sur la croissance française. Pourtant, il a trouvé les mots les plus justes pour légitimer les travaux de la commission Attali, remis ce mercredi à Nicolas Sarkozy : «La France souffre. Les peuples aussi souffrent de dépression. La dépression est un mauvais sommeil. A nous, à nous tous de nous réveiller !»

Et il est formidablement tonique, ce rapport aux 316 propositions. Comme si Erik Orsenna et les 42 autres membres choisis par Jacques Attali s'étaient pris au jeu, aiguillonnés par l'intitulé même de cette commission «pour la libération de la croissance». Il faut avoir vu Anne Lauvergeon, la patronne d'Areva, s'engouffrer un soir de novembre dans son coupé 406, pleine d'entrain pour aller retrouver ses camarades de gamberge dans une salle du Sénat : «Quand Jacques Attali m'a proposé de rejoindre la commission, j'ai accepté tout de suite tout en demandant quelle charge de travail tout cela allait représenter. Jacques m'a dit «une réunion par mois». En fait, ce furent trois réunions par semaine, de 18 à 23 heures !»
Avec un tel investissement, pas étonnant que ce travail soit foisonnant. Il faut dire qu'en installant la commission, le président de la République avait ouvert la porte à la démesure. Se référant à Armand et Rueff, dont les travaux en 1959 avaient cimenté le productivisme de la Ve République, Nicolas Sarkozy avait réclamé un rapport «global et cohérent» et rappelé que, «dans une société complexe comme la nôtre, où tout se tient, on avance sur tous les fronts simultanément».

Mission : plein-emploi
C'est donc un vrai programme pour les deux prochaines législatures qu'il propose, derrière la priorité assignée dans sa lettre de mission : «Augmenter la croissance française de l'ordre de 1 point pour retrouver le plein-emploi et protéger notre modèle social.» Et pour bien montrer qu'il ne s'agit pas «d'un rapport pour picorer à sa guise, d'une collection d'idées originales condamnées à rester marginales», les auteurs rappellent «que 1 point de croissance de plus, c'est 500 euros de pouvoir d'achat supplémentaire par Français ET 150 000 créations d'emplois déplus ET 90 000 logements sociaux de plus ET 20 000 enfants handicapés scolarisés de plus ET deux fois plus d'aide au développement ET 4 000 euros de dettes en moins pour chaque Français, le tout sans alourdir l'impôt et aggraver le déficit.» Il n'y a pas que les 44 membres à avoir traqué la croissance. La commission a aussi bénéficié d'une contribution de 190 pages du secrétaire général de l'OCDE, à l'argumentation solide mais aux conclusions plus convenues. Et c'est vrai que les remèdes sont connus : instaurer une économie de la connaissance - il y a une vraie coquetterie chez Attali à avoir opté, en proposition numéro un, pour «améliorer la formation des éducateurs de crèche»; développer l'offre de travail - un Français travaille durant sa vie un tiers de moins qu'un Américain; encourager les PME - en imposant par exemple la réduction des délais de paiement; développer les investissements en technologie - ils sont trois fois plus élevés aux Etats-Unis; stimuler la concurrence dans le commerce l'écart de prix au détail a augmenté de 10% en dix ans entre la France et le reste de la zone euro; bousculer les professions protégées - il y aurait 80 000 taxis en région parisienne si l'on appliquait le modèle irlandais...

Ni contrainte ni tabou
Mais la manière dont ces propositions sont formulées, sans contrainte et sans tabou, tient beaucoup au brassage des personnalités que Jacques Attali a rassemblées. A leur liberté de pensée - ils n'ont pas hésité à contrer le gouvernement sur sapolitique de l'immigration. Et au pragmatisme dont tous ces acteurs de l'économie n'arrivent pas à se départir : «Notre priorité doit être de mettre fin à cette situation absurde où nous avons 2 millions de chômeurs et 600000 emplois qui ne trouvent pas preneur», résume Claude Bêta éar, le fondateur d'Axa
Pour que le lecteur du rapport ne s'égare pas trop dans les 316 propositions, la commission amis en avant vingt «décisions fondamentales», témoignages de huit «ambitions». A Challenges, nous avons préféré sélectionner douze idées «pour faire bouger la France», portées par des patrons, des syndicalistes, des avocats, des consultants, tous membres de la commission Attali.
Et, comme la croissance, cela ne s'invente pas, nous sommes allés voir les entreprises qui ont réussi à traquer ces points de chiffre d'affaires supplémentaires, afin de vérifier si les principes efficaces sur le terrain peuvent s'appliquer à l'échelle d'un pays. Nous avons dressé aussi la liste des secteurs les plus prometteurs.
Et pour finir, afin de savoir si la dépression française identifiée par Orsenna n'était pas dans nos têtes, nous avons écouté le psychiatre Boris Cyrulnik, lui aussi enrôlé par Attali. Que dit-il ? «Les facteurs anthropologiques de la croissance que sont la confiance en soi, le plaisir d'apprendre et d'explorer s'acquièrent dès les premiers mois de la vie.» Jacques Attali n'avait donc peut-être pas tort de loger sa proposition numéro un sous le toit d'une crèche !

25 «propositions Attali» qui décoiffent
n° 1
Améliorer la formation des éducateurs de crèche.
n° 37 Disposer d'une représentation unique des salariés dans les PME de moins de 250 personnes.
n° 57 Faire verser une contribution aux fournisseurs d'accès à Internet.
n° 61 Réaménager les conditions d'octroi de la 4e licence de téléphonie mobile.
n° 93 Imposer l'achat exclusif de véhicules hybrides par les administrations publiques.
n° 104 Développer le low-cost.
n° 116 Octroyer la représentativité syndicale sur le seul critère de l'élection.
n° 137 Autoriser plus largement le travail le dimanche.
n° 141 Intéresser les agents du service de l'emploi à leur performance en matière de reclassement.
n° 161 Accroître la hauteur des immeubles.
n° 176 Supprimer les droits de mutation jusqu'à 500 000 euros.
n° 191 Introduire des actions de groupe.
n° 203 Lever l'interdiction de la vente à perte.
n° 205 Mettre fin aux lois Royer et Raffarin.
n° 208 Supprimer toute réglementation restreignant le nombre et la localisation de nouveaux cafés, hôtels, restaurants et cinémas.
n° 211 Augmenter le nombre de taxis.
n° 216 Ouvrir largement l'accès aux professions juridiques délégataires d'une mission de services publics.
n° 218 Multiplier par dix le nombre de bénéficiaires du programme Erasmus.
n° 222 Accueillir plus de travailleurs étrangers.
n° 229 Faire évaluer tout agent d'un service public.
n° 236 Publier immédiatement les décrets en même temps que le projet de loi.
n° 240 Limiter par une loi organique le nombre de ministres.
n° 260 Faire disparaître en dix ans l'échelon départemental.
n° 297 Réduire de 175 à une cinquantaine le nombre de chambres de commerce et d'industrie.
n° 304 Mettre en place la retenue à la source.

 

par Vincent Beaufils




Lu dans Challenges cette semaine : http://www.challenges.f
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