Du temps pour vivre (suite)

Publié le par Khalamity

V. NOS REVENDICATIONS

V.1. CONCERNANT LES CRECHES

Nous voulons un véritable Service public d’Accueil de la Petite Enfance
Nous voulons que l’accueil des tout-petits soit aussi réussi que celui des enfants de 2 à 6 ans. L’école maternelle française est aujourd’hui reconnue comme une réussite. Bien des pays au monde nous envient cette école qui offre la possibilité aux enfants de bénéficier d’un service public national, gratuit, et de qualité (même si des améliorations sont encore nécessaires : baisse des effectifs par classe !). L’histoire de l’école maternelle montre l’opiniâtreté des enseignant(e)s, des syndicalistes, des professionnel(le)s de la petite enfance et des élus municipaux qui ont fait avancer ce combat, partant des garderies de la fin du siècle jusqu’à l’école d’aujourd’hui. Ces luttes se sont traduites à chaque étape par des avancées significatives, des lois, des décrets… qui marquaient bien des rapports de forces. C’est ce même combat qu’il faut mener aujourd’hui à une échelle nationale pour les crèches collectives, pour un véritable service public national, ne dépendant pas simplement de bonnes volontés locales ou de la richesse de telle ou telle collectivité territoriale.

  • L’école maternelle a aussi un atout qu’il nous faut conquérir pour les crèches collectives : la gratuité. Cela pose le problème du financement (voir l’encadré page 11). Le coût des crèches comprend le coût de la construction, l’investissement initial, le fonctionnement. Aujourd’hui, ce coût est supporté principalement par les collectivités territoriales. L’exemple de l’école maternelle doit être utilisé : construction et locaux sont à la charge des communes, le fonctionnement à la charge de l’État. Il nous semble que c’est à l’État d’assurer ce service public, afin de le rendre national et d’offrir à tout enfant une structure collective.

  • Ce service d’accueil devra regrouper tous les modes de garde : crèches collectives, haltes garderies, assistantes maternelles agréées, et, pourquoi pas, les classes de 2 ans de la maternelle. Avec extension à la garde à domicile. La formule Maisons de la Petite Enfance est à privilégier. Il faut que la gratuité soit assurée à terme.

  • Les assistantes maternelles doivent recevoir une formation réelle, avoir un statut moins précaire, des salaires mensualisés. Il est urgent de revaloriser ces métiers relatifs à la petite enfance, de leur donner des qualifications professionnelles précises et de les rémunérer beaucoup mieux. Tous ces emplois doivent à terme être réunis au sein du Service public d’accueil de la petite enfance.

  • Des crèches d’entreprise sont nécessaires dans certains cas, par exemple dans les secteurs où le travail de nuit est obligé pour des raisons de service social, par exemple les hôpitaux. Elles doivent obéir aux mêmes principes que les crèches publiques.

  • Priorité aux crèches collectives : c’est le mode de garde le plus épanouissant pour l’enfant, le plus sûr, le plus efficace contre les inégalités sociales. Il faut donc des places de crèches en nombre suffisant ! Le nombre de places dans les classes maternelles doit donner une indication sur ce qui est nécessaire pour la petite enfance.
    Dans le cas de nouvelles constructions, des places de parking sont généralement prévues; ne pourrait-il pas y avoir obligation d’équipements de la petite enfance dans toute nouvelle ZAC ou dans les nouveaux ensembles ?

  • Nous voulons réduire les inégalités et les divisions entre les femmes. Dans cette perspective, nous pensons qu’il faut remettre en cause les emplois de garde à domicile tels qu’ils sont aujourd’hui pratiqués. Si les gardes à domicile sont nécessaires dans certains cas, il faut que cela corresponde à de vrais métiers, valorisés, et placés dans un cadre permettant le contrôle : pour cela, ils doivent être rattachés, d’une façon ou d’une autre, au service public d’accueil de la petite enfance.

  • Nous nous opposons à la flexibilité des horaires de travail pour les salarié-e-s. A fortiori nous refusons une flexibilité plus grande pour les horaires des crèches, pour leur personnel comme pour les enfants. Déjà, certaines crèches sont ouvertes de 6h à 22h ! L’ouverture de 7 h à 19 h est un maximum. Cependant, tant que ne sera pas stoppée la déréglementation des horaires, il faut assurer l’accueil en dehors de ces heures avec un service de veille, dans des limites restreintes, et avec des compensations pour le personnel, en termes de congés et de salaires. Dans la mesure où sera établi un Service public de la Petite enfance, le relais peut être assuré par un autre mode de garde du Service (assistantes maternelles, ou même gardes à domicile), mais avec l’assurance de statuts réels et de formation. Cela doit représenter une amélioration par rapport à la situation actuelle où chacun bricole.



Le financement


  • Un tel Service d’accueil de la Petite enfance serait lourd financièrement ? Mais si le sport est passé dans le domaine public et reçoit une partie importante du budget, pourquoi n’en est-il pas de même en ce qui concerne l’accueil des tout petits ? Parce que c’est “du privé” ? Mais nous avons mis en relief qu’il s’agit d’une urgence de société ! Il s’agit bien d’un choix politique.
  • Où trouver l’argent ?
    1) Une autre répartition de l’argent actuellement dépensé : l’Etat verse déjà de l’argent pour les modes de garde, priorisant les solutions individuelles. Nous ne proposons pas de supprimer toutes ces aides, mais d’inverser les priorités en faveur des solutions collectives (Cf. 18 milliards pour l’APE contre 1,5 milliard octroyé par Ségolène Royal pour les crèches collectives).
    2) Nous avons beaucoup entendu parler de " cagnotte fiscale " ces derniers temps. Cet argent ne pourrait-il pas être utilisé pour la petite enfance, l’avenir de notre société ?
    3) Et puis le débat reste ouvert sur d’autres moyens d’obtenir l’argent : taxation des mouvements de capitaux, des profits, des grands fortunes… Dans ce cadre, ne pourrait-on reprendre l’idée d’un 1% des entreprises pour le financement des crèches comme c’est le cas du 1% logement ? Une majoration serait à exiger des entreprises où la flexibilité, les horaires aberrants, le travail de nuit sont la règle.





  • Dans le cadre de notre combat pour l’égalité, nous voulons une mixité des personnels d’accueil de la petite enfance. Il est temps de réagir contre la division sexuelle du travail attribuant aux femmes tout ce qui a trait à la petite enfance ! Cela demande un long travail d’éducation non sexiste, une formation des enseignants et des services d’orientation scolaire, des campagnes médiatiques, etc.
    Bien entendu, dans le même temps les professions masculines doivent s’ouvrir complètement à la mixité !


V. 2. CONCERNANT L’EMPLOI

  • Durcissement de la loi sur l’égalité professionnelle : C’est une loi contraignante qu’il nous faut, en sorte que l’inégalité devienne " hors la loi " ! Les indicateurs doivent porter sur l’embauche, les salaires, la formation, la carrière… Les négociations doivent avoir lieu chaque année, avec obligation de résultats,

  • Limitation drastique du temps partiel : seuls certains métiers seraient autorisés à y recourir, avec des contraintes sévères, que la loi sur les 35 heures a tout juste amorcées.
  • Limitation du travail de nuit, pour les femmes comme pour les hommes, aux branches assurant un service social continu (santé, transport, sécurité…).

  • Mixité des filières et des formations : une véritable lutte doit être engagée dès l’école primaire, concernant les stéréotypes au niveau des professions, et doit se poursuivre à tous les niveaux de la scolarité. Et commençons par appliquer la " Convention Interministérielle pour la promotion de l’égalité des chances entre les filles et les garçons, les hommes et les femmes dans le système éducatif " (B.O. Educ. Nat. 9.03.2000).

  • Création d’un organisme national contre les discriminations sexistes, avec des relais régionaux et locaux. Composé de représentant-e-s des partenaires sociaux, d’associations féministes et de juristes, doté de moyens, il serait chargé de recueillir des statistiques sexuées, d’établir des objectifs pour les entreprises, de recueillir les doléances, d’accompagner les plaignantes devant les tribunaux ou de porter plainte à leur place, de former magistrats et prud’hommes, etc.


V. 3. CONCERNANT LE PARTAGE DES TACHES

Droit à un congé parental d’éducation, remplaçant l’APE. Réduit à un an, il sera partagé à égalité entre le père et la mère, payé à 80% du salaire, avec obligation de retour au poste initial.
  • Congés pour enfants malades : une partie sera à prendre obligatoirement par le père.
  • Une véritable campagne médiatique, régulière, sur le partage des tâches et contre les stéréotypes sexistes.
  • Une révision sérieuse et continue des manuels scolaires et une formation des enseignant-e-s, des éducateurs et des parents.



Conclusion

Nous sommes dans un période-clé. La situation présente des aspects contradictoires :
  • Le chômage recule, mais les femmes demeurent discriminées, plus précaires que les hommes, et leur emploi du temps est de plus en plus difficile à supporter.
  • Des femmes chargées de 2 enfants ou plus se sont partiellement ou totalement retirées du marché de travail avec l’Allocation parentale d’éducation et le temps partiel ; elles ont subi une forte culpabilisation quant à leur responsabilité familiale, mais leur demande d’autonomie demeure forte. Les enquêtes récentes montrent que le travail professionnel est mis par elles au premier rang des facteurs d’épanouissement.
  • Le principe de parité sur les listes électorales a été voté, mais toute la société demeure basée sur l’inégalité et la sujétion des femmes ; il n’est pas possible de réaliser la parité politique sans une réelle égalité dans le domaine social et économique, et sans un changement de la place des femmes dans la famille.
    Réagissons contre les empiètements progressifs ! Au moment où l’idéologie new look est à la flexibilité, à l’ajustement du temps, aux exigences de plus en plus folles du patronat, il ne faut pas que la France capitule : non à ce " temps des villes " à l’américaine, non à un temps rythmé par le souci de la productivité, non à la dévoration et à l’émiettement de toute la vie.

    La période qui s’ouvre est marquée par une série de campagnes électorales : les politiques doivent s’engager à
    - Mettre en place rapidement un Service d’accueil de la petite enfance, avec des moyens financiers à la mesure des besoins ;
    - Édicter des mesures précises pour que l’égalité des hommes et des femmes se réalise dans le travail comme dans la vie privée ;
    - Respecter les rythmes de vie et stopper la flexibilité des horaires.

    À nous toutes et tous d’exiger d’eux cet engagement !

Publié dans La vie du site

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