Une femme française ... lu dans la presse suisse
Une femme française
C'est confirmé: nos voisines sont championnes à la fois de la maternité et du travail. A travers l'une d'elles, décryptage d'un phénomène historique.
«Je n'ai pas fait le choix de travailler, ni d'avoir des enfants, dit Isabelle Clairac, Parisienne, 40 ans, trois enfants et un emploi de cadre à plein temps. Pour moi, ce n'est pas un choix, c'est une évidence, depuis toujours. Peut-être parce que ma mère a cessé de travailler pour nous élever: je voyais la dépendance dans laquelle ça la mettait et je me suis promis d'y échapper.»
Les dernières statistiques démographiques publiées la semaine dernière* le confirment: les Françaises ont massivement adopté le modèle incarné par Ségolène Royal, députée présidentiable et mère de quatre enfants. Elles sont à la fois championnes européennes de la fécondité (1,94 enfant par femme, 2e place après les Irlandaises) et de l'investissement professionnel. Traduction concrète: en France, une mère qui ne voit ses enfants que le matin et le soir est simplement considérée comme normale. 73,7% des mères actives travaillent à plein temps dans l'Hexagone, contre 26,4 seulement des Suissesses (voir infographie ci-dessous).
Mais revenons à Isabelle Clairac. Après Raphaël, 10 ans, et Mathis, 8 ans, la petite Ambre est née il y a trois mois: «Le troisième enfant, c'est un peu le bonus, celui qui nous prouve qu'on est encore dans la phase ascendante de la vie... N'empêche, nous avons hésité. Il y a des incertitudes matérielles: est-ce que nous allons encore pouvoir partir en voyage? Et, surtout, continuer d'habiter Paris?»
La famille vit actuellement dans 80 mètres carrés et ne sait pas comment s'agrandir sans se surendetter. «Nous ne sommes pas à plaindre, loin de là, précise Isabelle. Disons que nous sacrifions une marge de confort et que nous prenons des risques.» D'autant plus que, professionnellement, elle et son mari ont misé sur le secteur instable des médias: «Aujourd'hui, j'ai un salaire de cadre, dit cette rédactrice en chef d'une émission médicale sur France 5. Mais j'ai été pigiste pendant quinze ans et je ne suis pas sûre d'avoir encore du travail à 50 ans.»
Ce qu'il y a de typiquement français dans le parcours d'Isabelle Clairac et des siens, c'est d'abord qu'à aucun moment, il n'a été question pour elle de réduire son temps de travail. Elle en aurait le droit: le «congé parental d'éducation», à temps plein ou partiel, confère l'assurance de ne pas être licenciée pendant trois ans. Dans la réalité, réduire sa présence serait pour Isabelle «simplement impossible», vu la petitesse de la structure qu'elle dirige, sans finir sur une voie de garage.
Dans cet environnement sans concessions, une des choses qui a encouragé Isabelle à faire un troisième enfant, c'est «l'impression d'être soutenue» par la collectivité: «La politique familiale, cela me paraît très loin de moi. Pourtant, quand j'y pense, je me rends compte que mon sentiment d'évidence repose sur elle.» Une des caractéristiques de cet accompagnement des familles est d'être spectaculairement progressif pour favoriser le troisième enfant et les suivants.
En ce moment, Isabelle Clairac est en congé maternité: 8 semaines avant, 18 après l'accouchement, la durée dudit congé a presque doublé depuis sa dernière grossesse. Les avantages fiscaux dont le foyer va bénéficier ont aussi fait un bond, tout comme les allocations familiales forfaitaires, celles auxquelles tout le monde a droit, indépendamment de son salaire.
Mais ne vaudrait-il pas mieux concentrer l'aide sur des familles plus défavorisées que celle d'Isabelle? Récemment, la question a resurgi dans l'Hexagone. Notre Française type n'est pas d'accord: la plupart des aides sont proportionnelles au revenu et c'est très bien. Mais cette contribution de l'Etat, elle y tient, comme à «un signe de reconnaissance de l'effort consenti». Un signe tout aussi important «symboliquement» que matériellement: «Faire un enfant est une contribution à l'économie du pays. Je trouve normal d'y être encouragée.»
Pour la garde de leurs enfants, Isabelle et son mari ont une employée à domicile, une «personne fiable», payée «un peu plus que le smic» (salaire minimum). C'est la solution la plus coûteuse, surtout si on tient, comme eux, à être d'«honnêtes employeurs». Mais en même temps, ils sont encouragés à faire les choses en règle: les dépenses pour la nounou à domicile, comme pour l'«assistante maternelle» agréée (notre «maman de jour») sont déductibles des impôts à hauteur de 50% jusqu'aux 3 ans de l'enfant.
Pourquoi 3 ans? Parce qu'à partir de cet âge-là le petit entame son horaire d'écolier: de 8h30 à 16h30, il vit sa vie en société. Au primaire, il peut encore rester jusqu'à 18h pour faire ses devoirs.
«Parfois, les enfants trouvent ces journées longues, note Isabelle Clairac. Mais comme ils sont tous logés à la même enseigne, ça aide.» Et de citer une étude française démontrant que les enfants dont les deux parents travaillent ont un meilleur développement cognitif.
Des études aux résultats similaires existent en Suède. On trouve aussi, aux Etats-Unis, des recherches qui stigmatisent la délégation de la garde (LT 26.5.2000). Tout cela ne prouvant qu'une chose: les enfants vont bien quand ils bénéficient d'un accueil de qualité. Certains pays ont développé des structures qui prennent avec succès le relais des familles. Mais là où ces structures sont déficientes, la famille reste le seul lieu bon pour l'enfant. Et c'est ainsi que les politiques familiales ou leur absence alimentent les convictions collectives et vice versa.
L'autre jour, Isabelle Clairac et les siens, désormais «famille nombreuse» au regard des transports en commun, ont reçu leurs cartes de réduction: 30% sur tous les trains, 50% sur les transports en région parisienne. C'est le genre de «petite attention» qui leur va droit au cœur.
INSEE, recensement de la population, premiers résultats 2005.
Les dernières statistiques démographiques publiées la semaine dernière* le confirment: les Françaises ont massivement adopté le modèle incarné par Ségolène Royal, députée présidentiable et mère de quatre enfants. Elles sont à la fois championnes européennes de la fécondité (1,94 enfant par femme, 2e place après les Irlandaises) et de l'investissement professionnel. Traduction concrète: en France, une mère qui ne voit ses enfants que le matin et le soir est simplement considérée comme normale. 73,7% des mères actives travaillent à plein temps dans l'Hexagone, contre 26,4 seulement des Suissesses (voir infographie ci-dessous).
Mais revenons à Isabelle Clairac. Après Raphaël, 10 ans, et Mathis, 8 ans, la petite Ambre est née il y a trois mois: «Le troisième enfant, c'est un peu le bonus, celui qui nous prouve qu'on est encore dans la phase ascendante de la vie... N'empêche, nous avons hésité. Il y a des incertitudes matérielles: est-ce que nous allons encore pouvoir partir en voyage? Et, surtout, continuer d'habiter Paris?»
La famille vit actuellement dans 80 mètres carrés et ne sait pas comment s'agrandir sans se surendetter. «Nous ne sommes pas à plaindre, loin de là, précise Isabelle. Disons que nous sacrifions une marge de confort et que nous prenons des risques.» D'autant plus que, professionnellement, elle et son mari ont misé sur le secteur instable des médias: «Aujourd'hui, j'ai un salaire de cadre, dit cette rédactrice en chef d'une émission médicale sur France 5. Mais j'ai été pigiste pendant quinze ans et je ne suis pas sûre d'avoir encore du travail à 50 ans.»
Ce qu'il y a de typiquement français dans le parcours d'Isabelle Clairac et des siens, c'est d'abord qu'à aucun moment, il n'a été question pour elle de réduire son temps de travail. Elle en aurait le droit: le «congé parental d'éducation», à temps plein ou partiel, confère l'assurance de ne pas être licenciée pendant trois ans. Dans la réalité, réduire sa présence serait pour Isabelle «simplement impossible», vu la petitesse de la structure qu'elle dirige, sans finir sur une voie de garage.
Dans cet environnement sans concessions, une des choses qui a encouragé Isabelle à faire un troisième enfant, c'est «l'impression d'être soutenue» par la collectivité: «La politique familiale, cela me paraît très loin de moi. Pourtant, quand j'y pense, je me rends compte que mon sentiment d'évidence repose sur elle.» Une des caractéristiques de cet accompagnement des familles est d'être spectaculairement progressif pour favoriser le troisième enfant et les suivants.
En ce moment, Isabelle Clairac est en congé maternité: 8 semaines avant, 18 après l'accouchement, la durée dudit congé a presque doublé depuis sa dernière grossesse. Les avantages fiscaux dont le foyer va bénéficier ont aussi fait un bond, tout comme les allocations familiales forfaitaires, celles auxquelles tout le monde a droit, indépendamment de son salaire.
Mais ne vaudrait-il pas mieux concentrer l'aide sur des familles plus défavorisées que celle d'Isabelle? Récemment, la question a resurgi dans l'Hexagone. Notre Française type n'est pas d'accord: la plupart des aides sont proportionnelles au revenu et c'est très bien. Mais cette contribution de l'Etat, elle y tient, comme à «un signe de reconnaissance de l'effort consenti». Un signe tout aussi important «symboliquement» que matériellement: «Faire un enfant est une contribution à l'économie du pays. Je trouve normal d'y être encouragée.»
Pour la garde de leurs enfants, Isabelle et son mari ont une employée à domicile, une «personne fiable», payée «un peu plus que le smic» (salaire minimum). C'est la solution la plus coûteuse, surtout si on tient, comme eux, à être d'«honnêtes employeurs». Mais en même temps, ils sont encouragés à faire les choses en règle: les dépenses pour la nounou à domicile, comme pour l'«assistante maternelle» agréée (notre «maman de jour») sont déductibles des impôts à hauteur de 50% jusqu'aux 3 ans de l'enfant.
Pourquoi 3 ans? Parce qu'à partir de cet âge-là le petit entame son horaire d'écolier: de 8h30 à 16h30, il vit sa vie en société. Au primaire, il peut encore rester jusqu'à 18h pour faire ses devoirs.
«Parfois, les enfants trouvent ces journées longues, note Isabelle Clairac. Mais comme ils sont tous logés à la même enseigne, ça aide.» Et de citer une étude française démontrant que les enfants dont les deux parents travaillent ont un meilleur développement cognitif.
Des études aux résultats similaires existent en Suède. On trouve aussi, aux Etats-Unis, des recherches qui stigmatisent la délégation de la garde (LT 26.5.2000). Tout cela ne prouvant qu'une chose: les enfants vont bien quand ils bénéficient d'un accueil de qualité. Certains pays ont développé des structures qui prennent avec succès le relais des familles. Mais là où ces structures sont déficientes, la famille reste le seul lieu bon pour l'enfant. Et c'est ainsi que les politiques familiales ou leur absence alimentent les convictions collectives et vice versa.
L'autre jour, Isabelle Clairac et les siens, désormais «famille nombreuse» au regard des transports en commun, ont reçu leurs cartes de réduction: 30% sur tous les trains, 50% sur les transports en région parisienne. C'est le genre de «petite attention» qui leur va droit au cœur.
INSEE, recensement de la population, premiers résultats 2005.
Sources : Le Temps
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