Horaires élargis, repas bio, la crèche se modernise
Horaires élargis, repas bio, la crèche se modernise
C’est sans doute parce que sa fondatrice a vécu la " galère " des inscriptions en crèche, qu’" Enfance et découvertes " sait s’adapter à la demande des parents.
Il suffit de pousser une lourde porte pour goûter au calme d’une charmante cour intérieure parisienne. Si proche et pourtant si loin de l’irrespirable et bruyante place de la République, quelques fleurs s’épanouissent dans leurs pots. De plein pied, derrière de larges fenêtres, des enfants trempent leurs mains dans de la peinture. D’autres gazouillent confortablement installés sur le dos, entourés de larges coussins de toutes les couleurs. On se sent bien à la crèche collective " Enfance et découvertes ", une crèche alternative ouverte il y a quatre mois.
Installée dans les locaux d’une ancienne crèche d’entreprise, elle a ouvert ses portes en octobre 2001. Aujourd’hui, deux éducatrices de jeunes enfants, trois auxiliaires de puériculture, une cuisinière, une femme de ménage et Maryline Blanchard, la fondatrice, travaillent au bon fonctionnement d’une structure qui accueille 20 enfants pour un espace de 158 mý. C’est à la naissance de sa fille, en 1994, que Maryline s’est confrontée à " la galère de tous les Parisiens " pour trouver une place en crèche. Responsable de marketing pour la presse, elle ne parvient plus à concilier sa vie professionnelle et sa vie familiale. · trente-cinq ans, elle décide de changer de vie et de se reconvertir en suivant une formation d’éducatrice. " C’est là que j’ai rencontré des parents motivés. Face à l’inertie de l’ancienne municipalité, on a décidé de créer une crèche. " Mais une crèche un peu " différente ", des structures existantes : des horaires élargis de 8 heures à 20 heures le soir, une cuisine réalisée sur place avec des produits bio achetés au marché couvert du quartier, une offre d’accueil ponctuel ou à plein temps et une ferme volonté de faire participer les parents. " Nous nous trouvons à mi-chemin de la crèche municipale, qui assure confort et sécurité, et de la crèche parentale entièrement gérée par les parents. Souvent ces dernières sont plus chères car moins subventionnées. Nous, nous travaillons en étroite collaboration avec la municipalité de l’arrondissement, nos tarifs correspondent aux barèmes de la Caisse d’allocations familiales. " Condition indispensable pour la structure, dont l’un des objectifs est de favoriser l’accès à des enfants issus de familles défavorisées. " Nous cherchons la mixité sociale dans la crèche. Je trouve inadmissible, sous prétexte de gérer la pénurie, de n’ouvrir les crèches qu’aux parents qui travaillent tous les deux. Les familles qui sont au chômage, au RMI, sont fragilisées. Et leurs enfants, qui ont encore plus besoin de socialisation, sont condamnés à rester chez eux, parfois dans des logements exigus. C’est une première violence et une première exclusion dès le plus jeune âge. " Maintenant que l’équipe éducative a bien pris ses marques, les parents qui le souhaitent sont les bienvenus auprès des enfants. Premiers éducateurs de leurs enfants, certains ne veulent plus se sentir dépossédé une fois la porte de la crèche fermée. " J’aime bien cette phrase qui dit qu’il faut tout un village pour élever un enfant, souligne Maryline. Ce lieu ne doit pas être anonyme. Les échanges doivent avoir lieu entre l’équipe de professionnels et les parents. " Facteur d’intégration sociale pour l’enfant et ses parents, soutien à la parentalité, cette crèche nouvelle génération se veut exigeante. Reste que son ouverture est une aventure qui nécessite un " investissement personnel énorme ", avoue Maryline. Et puis, il y a cette liste d’attente qui grossit chaque jour. " Et cette maman qui a fondu en larmes quand je lui ai annoncé que nous n’avions plus de place. Cette détresse non prise en compte de ces femmes qui travaillent est insupportable. "
M. D.
Sources : Archives de l'Humanité 2002