EXTRAIT DU LIVRE LE BÉBÉ ET L'EAU DU BAIN

Publié le par Khalamity

 


Des enfants au CPE Centre de la Petite Enfance du Carrefour.
Photo Patrick Sanfaçon, La Presse


 

EXTRAIT DU LIVRE LE BÉBÉ ET L'EAU DU BAIN

De la nature à la culture

Jean-François Chicoine


Les parents doivent savoir qu'il est impossible pour les scientifiques et les gens chargés d'appliquer les politiques familiales de déterminer l'impact exact de la garde non parentale et des services de garde sur un enfant donné, dans une famille donnée, au sein d'un pays donné et à une époque donnée. Les programmes de garderie en place servent à subvenir, à conforter, à protéger et à éduquer une population d'enfants en général ou en particulier, quand on pense à l'enfance à risque pour qui des services d'assistance parentale sont impératifs.

Tout à notre honneur, un honneur néanmoins relatif, ces programmes, bien qu'insatisfaisants, font déjà mieux au Québec que dans la plupart des États américains et les autres provinces canadiennes. Seulement, ils ne diminuent en rien la trajectoire d'un enfant précis, avec toutes les considérations naturelles ou obligées que ses parents et sa famille au sens large doivent avoir envers lui comme personne, non comme archétype.

Les services de garde non parentale doivent s'arrimer à nos connaissances de plus en plus élaborées sur le développement et les apprentissages de l'enfant. Ils doivent s'ajuster à ce que l'on sait maintenant des structures cérébrales en émergence et qui gèrent autant nos émotions, notre mémoire, notre attention et nos possibilités de socialisation. Les services à la petite enfance se doivent également de ne jamais être en-deçà des attentes éducatives d'une famille, ce qui, vous en conviendrez, est difficile à faire sans la formation d'éducatrices, sans salaire décent à leur donner, et avec trop d'enfants à leur charge.

 Dans les toutes premières vagues de recherche autour des garderies, les chercheurs tentaient de connaître les effets délétères de la garde non maternelle. Ils ont ensuite exploré les comportements de l'enfant et ses ajustements à l'école puis à la vie adulte en fonction de la qualité du milieu de garde auquel il avait eu droit et du temps qu'il y avait passé. Les meilleurs parmi ces chercheurs sont maintenant conscients que des variables expliquées par le contexte familial, les compétences parentales et leurs propres enfances ainsi que leurs propres sécurités affectives, sont également déterminantes pour les enfants.

Défendre l'universalité d'accès aux services de garde est primordial. Mais exclure, au profit de valeurs exclusivement adultes, que la garde non parentale, surtout la garde précoce, prolongée et continue, puisse d'une quelconque façon participer, et à des degrés divers, à la détresse d'un bébé et de ses parents, c'est carrément désavouer l'application des droits fondamentaux de l'assistance aux enfants et aux familles. C'est se draper d'arguments sociaux poussifs sur le développement des enfants sans rien connaître au développement d'un enfant.

Données scientifiques

Sur la base de données scientifiques et d'expériences faites sur des bébés qui grandissent comme ils peuvent, il est clair que la garderie comporte un certain nombre de risques pour le développement des jeunes enfants, probablement pour leur devenir adulte et peut-être bien même pour l'ensemble du corps social. Si des parents participent en partie ou en totalité à l'insécurité, aux retards ou à des problèmes de perception éventuels, que nos communautés les aident dans la mesure du possible à soigner leur parentalité avant de leur confisquer leurs rejetons.

(...)

Faire garder l'enfant n'est pas un impératif. Le faire garder est une solution de continuité pour toutes les parties, à condition de ne pas faire l'économie des questions humaines fondatrices: quand, à quel âge, comment, à quel prix, où, pourquoi, avec qui, contre qui, pour combien de temps, sous quelles conditions, dans quelle mesure? Dans quelles conditions courrons-nous au pire ou dans quel contexte sommes-nous appelés vers le meilleur? Faut-il rendre l'enfant conforme à ce que son milieu, la famille, l'école ou la société attend de lui, ou bien le rendre capable d'accéder avec le moins de limitations possible à son autonomie et à son bonheur?

Je vous invite à rouvrir le discours, non pas comme une blessure béante, mais comme un cadeau qu'on voudrait offrir à l'enfance. Le cadeau est un cerveau en Lego, avec un étage pour survivre, le cerveau dit reptilien, un étage au milieu pour s'émouvoir, s'attendrir et retenir, le cerveau dit paléomammalien où siège le système limbique que l'homme partage avec les mammifères, et finalement au-dessus, un étage noble pour penser, pour parler, pour devenir, le cerveau néomammalien qui fait qu'on communique ensemble aujourd'hui comme des adultes, je l'espère, propres et vaccinés.

(...)

Mamans, à travers tout ce discours, il n'y a pas lieu de vous culpabiliser, à la suite de quoi «ils» vous déposséderaient de tout. Mamans, papas, éducatrices, professionnels de la santé, politiques, etc., il y a lieu de nous responsabiliser, à la suite de quoi, «ils» ne pourront plus rien contre nous.

«Je suis là pour ça», dis-je souvent aux parents en détresse que je rencontre dans ma pratique.

Aujourd'hui, j'ai eu envie de le leur écrire.

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Extrait du livre Le Bébé et l'eau du bain- Comment la garderie change la vie de vos enfants, cosigné par notre consoeur éditorialiste Nathalie Collard et par le docteur Jean-François Chicoine. Le livre, publié chez Québec Amérique, sera disponible en librairie le 29 mars.

 sources : http://www.cyberpresse.ca

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