Belgique : Pas question de généraliser le Halal dans les crèches
L'affaire suscite des réactions des parents. « Une erreur de communication », plaide la directrice.
Tout le week-end, la direction du Centre coordonné de l'enfance s'est employée à expliquer aux parents qu'il n'était pas question de généraliser l'alimentation halal dans ses structures de crèche, que le projet à l'étude avec le comité subrégional de Mons de l'Office national de l'enfance (ONE) ne se résumait pas à introduire dans les menus des plus jeunes une viande conforme à la consommation de la communauté musulmane, c'est-à-dire abattue selon les rites islamiques.
Responsable de l'institution, Reine Marcelis l'admet. « Mes services ont commis une erreur de communication qui a réduit le débat à un problème religieux. Alors qu'il ne s'agit ici que d'épanouissement et de bien-être. » Elle dit avoir tenté de réparer les dégâts : en adressant un courrier d'excuses aux parents concernés et en les invitant à une réunion de présentation de son projet. « En vain. Ceux qui se sont déplacés n'en ont pas saisi la vraie dimension. »
Le principe, c'était d'organiser un buffet qui favorise le développement de l'autonomie de l'enfant. « Le petit vient se servir lui-même sous la surveillance d'une puéricultrice. Il peut ainsi choisir les aliments qu'il souhaite (légumes, viande, féculents) dans la quantité qu'il désire, selon Reine Marcelis. Au bout de la semaine, l'équilibre alimentaire est respecté. Le projet vise à stimuler le plaisir du repas. » La directrice confie que « le choix de la viande halal avait pour but d'éviter une ségrégation entre les enfants musulmans et les autres. Il était dépourvu de tout caractère religieux », affirme-t-elle.
Doyen-Fonck est étonnée
La ministre de l'Enfance Catherine Doyen-Fonck (CDH) ne cache pas son étonnement. Pour elle, « il est primordial de respecter le libre choix des familles tout comme leurs opinions philosophiques. A ce titre, autant il est bien d'ouvrir aux enfants la possibilité de se conformer à certains usages, autant il est inacceptable de leur imposer ceux d'une autre communauté. Quelle que soit la raison, même sous le couvert du pragmatisme ou de l'harmonie sociale. »
La directrice ajointe de l'ONE se refuse à entrer dans un débat sur les libertés individuelles. Même si elle eût « préféré que l'on négocie les modalités de mise en oeuvre du projet avec l'ensemble des partenaires et des acteurs », Marie-Paule Berhin observe que « la seule préoccupation de son institution, c'est la santé de l'enfant : et la viande halal la rencontre. »
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2006