Catherine : Ma bataille pour l'allaitement et pour mon fils.
Catherine est la maman d'un petit Thomas. Au 7ème mois de grossesse, les médecins ont décelé une anomalie cardiaque. Thomas est né avec un C.I.V (trou entre les deux ventricules du coeur). Il a été hospitalisé à un mois, et opéré. Les médecins lui ont fait un cerclage, provisoire, en attendant l'opération définitive. Sa maman s'occupe de lui chaque jour, et nous raconte ici son combat pour allaiter son petit bonhomme. Une belle histoire d'amour. Une belle histoire d'espoir. ..... Gw
Ma bataille pour l’allaitement et pour mon fils.
Une grande bataille que je ne regrette pas une seule seconde aujourd’hui car je continue d’allaiter mon fils et cela me permet d’avoir une grande complicité avec lui et ça lui apporte ce qu’il y a de mieux. Mon fils souffrant d’une pathologie cardiaque a déjà eu une opération palliative et est attente d’une opération à cœur ouvert. Je veux lui donner tout ce que je peux jusqu’à son opération, c’est ma façon à moi de l’accompagner jusqu’à ce moment où il va enfin pouvoir avoir son petit cœur réparé.
Je me suis battue au départ comme toute maman car la montée de lait et les débuts ne sont pas toujours faciles. J’ai été très bien entourée à la maternité et je leur suis très reconnaissante.
Je me suis battue quand mon fils était en service de néatologie. Quand le téléphone sonnait dans ma chambre pour me dire « votre fils à faim » et que j’arpentais les couloirs de la maternité de jour comme de nuit pendant une semaine.
Une fois rentrée chez moi, je me suis battue pour ne pas douter de moi, pour ne pas me dire « ça vient de mon lait ou je fais quelque chose de travers » quand mon fils ne prenait pas un gramme car il dépensait toute son énergie à manger juste avant sa première opération à l’age d’un mois.
Pendant son opération palliative et son séjour en réanimation (qui n’était pas prévu pour être aussi long car ça ne c’est pas très bien passé et qu’il a fallu réopérer une seconde fois), je me suis battue pendant presque une semaine pour continuer à allaiter mon enfant. Alors que mon fils était nourrit par sonde et que je voulais que ce soit mon lait qu’il boive et non du lait en poudre, le personnel hospitalier me disait en gros : « mais la priorité, c’est la santé de votre fils pas votre lait, ne vous embêtez pas », je sais que c’était pour me préserver et pour m’épargner de la fatigue qu’on me disait ça , et c’est vrai que sa santé était primordiale à ce moment là. Oui, mais comme je voulais continuer mon allaitement après sa sortie d’hôpital, je tirais mon lait de toute manière très régulièrement, il me suffisait juste de l’amener à l’hôpital plutôt que de le jeter. Mais surtout, si l’on pouvait faire les deux, le guérir et lui donner mon lait pourquoi ne pas le faire ? C’était la seule chose de moi que je pouvais lui donner à ce moment là, lui qui était tout seul avec ses tuyaux et ses fils, si fragile, si seul, et que certains jours, je n’avais pas le droit de voir. Je suis si émue en pensant à ces moments. Je savais qu’il avait un peu de moi avec lui pour l’aider et qu’il sentait peut-être que je n’étais pas loin de lui et que je veillais sur lui, et ça me réconfortait aussi. J’avais l’impression de l’aider à ma manière si infime soit-elle.
Apres son opération, je me suis encore battue pour tenir bon et lutter parfois contre l’épuisement car mon fils mangeait très très souvent de jour comme de nuit pour récupérer tout le poids qu’il n’avait pas pris jusqu’à présent et avait aussi sûrement besoin du coté réconfort avec sa maman avec ce qu’il venait de traverser. Mais ces moments étaient tellement remplis de complicité et de paix intérieure retrouvée après ce que l’on venait de vivre et la peur que j’avais eu de le perdre, c’était magique. Je retrouvais enfin un peu de sérénité. Je savoure toujours chaque seconde de ces moments qui ne sont rien que pour nous deux et où je sais que je lui donne plus de chance pour vivre avec son soucis de santé, plus de chance de ne pas tomber malade et aussi le meilleur de moi.
Voilà 8 mois que j’allaite mon fils et une autre bataille commence aussi : affronter le regard des autres qui commencent à être estomaqué que j’allaite encore mon fils à cet age.
Sinon, la dernière phase, j’espère, a commencé. Celle où je me force à ne pas m’inquiéter lorsque je vois mon fils transpirer lorsqu’il tète et qui me dit que l’opération pour réparer son cœur avance à grand pas vers nous puisqu’il commence à se fatiguer. La date est incertaine. Mais tout ce que je sais, c’est que j’aurais jamais cru au départ allaiter aussi longtemps et je sens au fond de moi qu’il me sera impossible d’enlever ce lien tant que mon fils ne sera pas complètement guérit.
Il y a eu des moments difficiles, mais c’est toujours l’amour pour mon fils qui m’a guidée et qui m’a aidée à trouver mon chemin. Et le temps fait qu’au final, seuls les bons moments resteront à jamais gravés dans ma mémoire. Et puis surtout ils ont été plus nombreux et plus forts que les mauvais. Mon fils, je t’aime si fort….
Catherine