Crèches et PMI : l'accueil des parents en difficulté

Publié le par Khalamity

Creche et PMI : accueil des parents en difficultéDes attitudes à développer

La vulnérabilité emprunte de multiples visages : pauvreté, maladie mentale, toxicomanie, violence, isolement, réseau inadéquat, etc. Durant la période périnatale, bien des familles sont également fragilisées par des situations aussi diverses que la dépression, la fatigue, l’immaturité de certains parents (qu’ils soient jeunes ou non), la perte de repères vécue par de nombreux immigrants, la naissance d’un bébé handicapé, le deuil périnatal, la monoparentalité, la recomposition familiale, la perte d’estime de soi, le manque de ressources ou même un déménagement.

Le regard qu’on porte sur l’autre influence la qualité de notre accueil et le soutien qu’on peut lui apporter. Ainsi, l’intervenante qui envisage la vulnérabilité comme un manque à combler ou un défaut à corriger limite la portée de son soutien; celle qui la considère comme une fragilité dont il faut prendre soin, comme une possibilité à développer ouvre la porte à une relation d’aide plus positive. En envisageant sans idée préconçue la réalité vécue par une famille vulnérable, l’intervenante sera davantage en mesure d’identifier ce qu’elle peut faire pour celle-ci.

L’arrivée d’un bébé fait souvent vivre aux parents un trop-plein d’émotions et de situations nouvelles qui leur fait perdre leurs repères habituels. Cette instabilité engendre ou accroît leur vulnérabilité, mais favorise aussi le changement. Toute personne qui se voit confrontée à une nouvelle réalité, que ce soit devenir parent ou apprendre de nouvelles tâches, vit un moment très puissant, une période propice à l’essai et à l’apprentissage. Une puéricultrice qui accueille de nouveaux parents comme des individus en apprentissage, devant qui s’ouvre un monde de possibilités, devient alors pour eux un révélateur. Là où les familles vulnérables auront tendance à considérer leur situation comme une faiblesse ou une incompétence, le rôle de l’auxiliaire consistera à souligner toutes les possibilités.

 L’instabilité engendrée par la naissance d’un enfant peut susciter de la peur. Face à cette émotion, les deux réponses les plus fréquentes sont la colère et la victimisation, deux réactions que rencontrent fréquemment les auxiliaires de puériculture  et avec lesquelles il n’est pas toujours facile de composer. En effet, le parent en colère devient désordonné, impulsif et pose des gestes inadéquats. Quand à la personne qui réagit en victime, elle rejette la responsabilité de sa situation sur le monde extérieur : elle semble apathique, paralysée, impuissante, comme si tout l’univers s’en prenait à elle et qu’elle n’y pouvait rien. Comment réagir face à l’agressivité ou à l’apathie? Il n’existe aucune phrase magique permettant de désamorcer de telles situations, cependant, l’intervenante qui comprend que l’insécurité se trouve à l’origine de ce comportement pourra à tout le moins prendre un certain recul et concentrer son soutien sur les éléments susceptibles d’engendrer cette insécurité

Par ailleurs, si le fait de reconnaître et même de nommer les émotions est souvent souhaitable, le rôle d’une puéricultrice n’est pas celui d’un thérapeute : son travail consiste avant tout à réduire la pression que vivent les parents vulnérables en faisant face à leurs besoins les plus pressants : la discussion ne doit pas prendre toute la place! Comme l’illustre Mme Paradis : « Si on est heurté par un autobus et qu’on saigne abondamment, on n’a pas besoin qu’on vienne nous expliquer la trajectoire et l’angle de l’autobus : ce n’est pas aidant du tout. On a besoin qu’on arrête l’hémorragie! »

 

Accueillir avec des gestes 

Comme les interventions verbales doivent demeurer relativement limitées, ce sont les gestes qui prennent le relais et constituent des moyens privilégiés d’accueillir les familles vulnérables. Les auxiliaires de puériculture< ="mso-spacerun: yes">  connaissent bien la technique de l’exemple qui consiste à « faire avec » les parents. En voyant l’auxiliaire réaliser une tâche, le parent en tire un apprentissage à condition toutefois de ne pas l’exclure de l’action. Il ne s’agit pas ici de donner une leçon sur la façon d’endormir ou de baigner le bébé, mais bien d’accompagner le parent qui accompli cette tâche. L’intervenante laisse donc le plus souvent possible le parent porter son bébé et se place derrière ou à côté de lui et valide son comportement.

 Le soutien à l’allaitement constitue une situation particulièrement propice à de tels gestes d’accompagnement. Il est important pour l’intervenante de valider les comportements adéquats de la mère et de ne traiter qu’un seul problème à la fois. Inondée de conseils divers (« Place bien ta main, baisse ton coude, lève le menton du bébé, un peu plus, aligne bien son corps, non pas comme ça… »), la mère perdrait vite confiance en elle, surtout si elle vit une période difficile. L’intervenante doit apprendre à déployer son calme, amener la mère à puiser dans ce calme et ne se permettre qu’un seul correctif à la fois : elle doit donc choisir l’élément le plus aidant

Mais justement, comment choisir l’action à privilégier? Les parents vulnérables éprouvent souvent des besoins si nombreux et si pressants que les auxiliaires de puériculture< ="mso-spacerun: yes">  ont l’impression d’avoir de nombreux feux à éteindre! Les deux questions suivantes peuvent les aider à déterminer les interventions à prioriser : d’abord, quel est le besoin le plus important de l’enfant, puis celui de la mère. L’idéal consiste, bien sûr, à faire coïncider les deux.

L’une des difficultés que vivent fréquemment les auxiliaires de puériculture  sont les conflits de valeurs avec les familles qu’elles visitent. Comment réagir devant une mère qui trempe une « suce » dans le miel pour calmer son nourrisson? Comment intervenir auprès d’un couple qui se dispute sur le danger que court le bébé lancé dans les airs après le boire par son père? Comment soutenir des parents immigrants dont les habitudes et les principes d’éducation des enfants diffèrent profondément des nôtres? Et que dire des parents négligents ou violents?

 Dans de tels cas, l’intervenante doit reconnaître ce qui motive, d’une part, les comportements des parents qu’elle accueille et, d’autre part, ses propres réactions. Trois éléments, qui s’influencent constamment entre eux, sont généralement à la base de nos actions : nos connaissances, nos croyances et nos expériences. Ces dernières sont tirées de notre vécu, alors que les connaissances proviennent de sources qu’on considère comme sûres et objectives et que les croyances nous sont transmises par notre entourage et n’ont pas nécessairement de base scientifique. Cependant, même les connaissances sont influencées par notre culture et se transforment au fil du temps. Pour s’en convaincre, il suffit de penser à certains dictats médicaux concernant l’allaitement qui avaient cours durant les années 50 et 60… que de chemin parcouru!

Avant d’inciter des parents à modifier un comportement qui semble inadéquat, il est utile d’identifier ce qui le motive : lorsque des actions sont fondées sur des croyances, rien ne sert de tenter de les transformer par de nouvelles connaissances. Seule l’expérience peut alors mener au changement. En effet, comment puis-je croire que le miel est nocif et surexcite mon bébé quand la « suce » sucrée arrête instantanément ses pleurs et que la suggestion vient de ma propre mère! Seule l’expérience de nouveaux moyens efficaces de calmer mon bébé saura me convaincre.

 Reconnaître ce qui détermine ses propres réactions peut également aider une intervenante à gérer un conflit de valeurs. Mme Paradis propose aux auxiliaires de puériculture l’exemple d’une mère qui enferme fréquemment sa fille de cinq ans dans sa chambre parce qu’elle craint que celle-ci, très jalouse, ne blesse son nouveau-né. Cette « solution » provoque de violentes crises, mais, du point de vue de la mère, permet de protéger le bébé. Les connaissances des auxiliaires de puériculture leur indiquent que ce moyen est inapproprié, alors comment intervenir? Chacune y va de sa suggestion influencée par ses propres croyances et expériences. L’auxiliaire dont les enfants faisaient souvent des crises et celle qui a elle-même été enfermée dans sa chambre durant son enfance réagissent très différemment! En reconnaissant l’influence de leurs propres expériences, elles seront en mesure de proposer des solutions plus adéquates.

 

Maintenir la dynamique du don

Donner et recevoir, interagir avec les autres sont profondément inscrits dans la nature humaine. La grande fragilité des gens vulnérables vient souvent de leur incapacité temporaire de participer à leur communauté. Ils sont momentanément exclus de la dynamique du don qui consiste à rendre plus tard à un autre membre de la communauté l’aide reçue aujourd’hui

Dans de nombreux organismes communautaires, les intervenants constatent qu’après des années de soutien, certaines familles dépendent toujours de leur aide. Loin d’être complètement dépourvues de forces ou de moyens, ces personnes sont pourtant devenues des récepteurs permanents et unilatéraux qui ne participent plus à leur communauté. Ils ont perdus leur dignité et leur capacité d’agir : à force de recevoir sans jamais donner, ils en viennent à se considérer eux-mêmes comme des bons à rien! Par contre, d’autres types de ressources, comme les cuisines collectives et les groupes d’entraide, travaillent en fonction de cette dynamique du don : la personne qui reçoit un coup de main ou un conseil sera, plus tard, en mesure d’aider quelqu’un d’autre.

Pour approfondir cette idée, on peut se référer à la hiérarchie des besoins humains décrite par le psychologue Abraham Maslow. Tous les êtres humains éprouvent les mêmes besoins fondamentaux qui se manifestent dans un ordre précis et nous motivent à agir pour les satisfaire : d’abord, l’être humain éprouve des besoins physiques (manger, boire, dormir), puis de sécurité, d’appartenance (être aimé et relié aux autres), d’estime de soi (se sentir apprécié et utile) et, enfin, le besoin d’accomplissement. Cela signifie, par exemple, qu’une jeune mère épuisée ou une famille qui craint de perdre son toit n’aura aucune envie de participer à un groupe d’entraide pour briser son isolement. Ce n’est que lorsque ses besoins primaires seront satisfaits qu’elle sera en mesure d’entrer en relation et de participer à la vie de sa communauté

Cette pyramide de besoins offre donc un outil supplémentaire aux auxiliaires de puériculture pour soutenir les familles vulnérables aux besoins multiples : en identifiant à quel palier de la hiérarchie se situe la famille, elles pourront l’aider à combler ses besoins les plus pressants. Il faut se rappeler, cependant, que ces besoins sont mouvants et que nul n’est « bloqué » à vie à un étage de la pyramide. Cette conviction profonde que les gens ne sont vulnérables qu’à certaines étapes de leur vie et, qu’en d’autres circonstances, ils pourront redonner à la communauté doit transparaître dans les actions de l’intervenante : une attitude qui contribue à maintenir les familles dans la dynamique du don.

Faire appel au réseau

Le réseau naturel qui entoure une famille constitue pour elle une source importante de soutien. Les auxiliaires de puériculture peuvent donc jouer un rôle essentiel en identifiant et en consolidant ce réseau. Ce faisant, elles évitent du même coup l’erreur courante de « l’intervenant-centrisme » qui consiste à prendre une place centrale auprès des familles. D’autres aidants se trouvent dans l’entourage des familles et ce réseau naturel sera en mesure de les soutenir bien plus longtemps que l’intervenante!

Les auxiliaires de puériculture  connaissent bien les composantes de ce réseau : famille de la mère et du père, amis, voisins, parents d’enfants qui fréquentent la même école ou garderie, professeurs, éducatrices, groupes d’entraide, certains commerçants du quartier, etc. Dans certains cas, le réseau naturel est quasi inexistant, la famille n’est entourée que d’un réseau artificiel : travailleur social, intervenant de la DPJ, organismes communautaires, etc. Il arrive aussi que les personnes les plus aidantes ne soient pas les plus proches : en sortant des idées préconçues, l’intervenante pourra aider la famille à les identifier

Les ressources du milieu peuvent également faire partie du réseau élargi d’une famille. Quelles que soient les difficultés vécues, l’intervenante doit être en mesure de référer à l’organisme communautaire, au groupe d’entraide ou au service pertinent, même au-delà de sa région s’il n’existe pas de ressources locales. Une recherche sur Internet permet souvent de compléter cette liste. De plus, l’intervenante qui cherche à parfaire sa connaissance des ressources existantes sert alors d’exemple : elle montre qu’il est normal de ne pas tout savoir et de devoir chercher, permettant ainsi à une famille d’effectuer un pas de plus sur le chemin de l’indépendance face aux intervenants!

Pour les parents vulnérables, l’identification de leur réseau constitue souvent un moment très puissant. En leur faisant nommer les composantes, en dessinant même ce réseau avec eux, la puéricultrice leur fait prendre conscience qu’ils sont déjà en relation avec autrui, qu’ils sont moins seuls qu’ils ne le croyaient. En solidifiant le réseau des personnes vulnérables, l’intervenante contribue à accroître leurs compétences.

Reconnaître les compétences parentales

 Le rôle de révélateur, dont nous avons parlé précédemment, que joue l’intervenante auprès des familles vulnérables consiste également à reconnaître toutes leurs compétences. Les personnes qui vivent des moments difficiles ont tendance à ne voir que les aspects éprouvants de leur vie : ce coin sombre qui absorbe leurs pensées et leur énergie, comme un arbre qui obstrue la vue et cache la forêt autour. La puéricultrice est là pour leur faire prendre du recul et les aider à voir le reste de la forêt, c’est-à-dire à reconnaître leurs propres compétences parentales. Pour ce faire, elle valide leurs comportements et leur rappelle leurs forces et leurs réussites.

 Au-delà des mots, cependant, cette reconnaissance des compétences des parents passe avant tout par l’attitude de l’intervenante. Comme l’expliquait France Paradis aux auxiliaires de puériculture en concluant l’atelier : « Si je crois vraiment que cette mère est capable, je ne me contenterai pas de l’encourager. À un moment donné, je vais cesser d’en parler et simplement lui montrer par mes gestes que je sais qu’elle est capable. Je vais me reculer pour qu’elle puisse déployer toutes ses possibilités! »

Sur la base d'un texte de Sylvie Louise Desrochers Conseillère en communication, ASPQ

Sources ASPQ

 

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J'ai trouvé cet article très intéressant ! Je ne suis pas puéricultrice et j'ai bien aimé découvrir un autre aspect de cet accompagnement à la vie que je propose moi-même mais très diféremment. Combien de parents se sentent démunis face à leurs enfants et ado quand ils viennent me voir... Ils attendent des conseils de l'extérieur, et bien que je puisse leur donner quelques pistes de réflexion, la plupart du temps, il est bien question de les écouter et de les soutenir afin qu'ils aillent puiser dans leurs propres ressources internes...
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