Libération Interview de Laurent Ortalda, conseiller à la Caisse nationale des allocations familiales:«Nous avons choisi d'aller là où il y a moins de crèches»

«Nous avons choisi d'aller là où il y a moins de crèches»
Par Stéphanie PLATAT
QUOTIDIEN : lundi 22 janvier 2007
Laurent Ortalda est conseiller à la direction de l'action sociale de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf).
Depuis quand la Caisse aide-t-elle les entreprises dans la création de crèche ?
La Cnaf a toujours aidé les crèches d'entreprise, c'est vieux comme le monde. Mais il y a peu encore, c'était surtout des crèches hospitalières, les crèches d'entreprise étaient rares : il y avait celle des employés des poudres et explosifs ou celle des armées... Dans le prolongement de la conférence des familles, en 2003, que nous avons affiché la volonté de développer l'offre d'accueil des enfants. Pour cela, il fallait la diversifier, trouver des solutions en plus des municipalités et des associations. Nous nous sommes donc tournés vers les nouveaux opérateurs que sont les prestataires de gardes collectives et vers d'autres partenaires, les entreprises, pour financer ce secteur.
Comment se répartit l'aide apportée par la Cnaf ?
Aujourd'hui, le financement d'une crèche, c'est comme un tricycle : un tiers pour les familles, un tiers pour la CAF et un tiers pour l'entreprise. On distingue l'aide à la pierre, qui prend en charge une partie de l'installation de la crèche, et l'aide au fonctionnement. Dans cette deuxième forme d'aide figurent les subventions d'exploitation qui permettent d'aider indirectement les familles en faisant baisser le coût de la garde. Tout cela est calculé selon les revenus et la taille de la famille. Nous accordons une aide en fonction de ces barèmes pour que, quel que soit le niveau de vie des parents, ils peuvent accéder aux structures d'accueil collectives.
A cause de la modification du contrat enfance et jeunesse en 2006, la CAF est moins généreuse...
Le contrat enfance et jeunesse est une aide complémentaire destinée aux entreprises qui développent un service de crèche. Nous acceptons aujourd'hui de cofinancer les nouveaux berceaux réservés par les entreprises à hauteur de 55 % dans la limite d'un plafond. Il est vrai qu'avant 2006, nous prenions en charge de 50à 70 % de ces développements. Le contrat enfance et jeunesse a rabaissé ce financement à 55 % en s'ouvrant à un plus grand nombre d'employeurs comme les administrations. Des critères d'éligibilité pour homogénéiser l'installation de crèches sur le territoire ont été instaurés : nous avons choisi d'aller là où il y a moins de crèches. De plus, l'Etat a mis en place un crédit d'impôt de 25 % des sommes versées pour les crèches d'entreprise.
N'est-ce pas gênant pour la Caisse d'allocations familiales d'aider des grands groupes qui font des bénéfices énormes et qui pourraient peut-être s'en passer ?
Nous nous plaçons du côté des familles. Lorsqu'une grosse entreprise crée une crèche pour ses salariés, pour nous ce sont autant de familles qui vont avoir une solution supplémentaire de garde pour leurs enfants. Et aussi autant de places qui sont libérées ailleurs. Tout cela permet de fluidifier l'accès aux modes d'accueil.
La crèche d'entreprise connaît-elle un effet de mode ?
Il y a vingt ans, si le patron d'une entreprise de crèche était allé voir une direction pour évoquer avec lui le sort de ses salariés parents, il n'aurait pas été pris au sérieux. Aujourd'hui, même si toutes ne disent pas banco, elles sont tout de même sensibilisées au problème de garde d'enfants et les prestataires de crèches sont écoutés. C'est une véritable préoccupation, une tendance lourde de la société.
http://www.liberation.fr/vous/emploi/230087.FR.php
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